"Impressions Japonaises"
(Août 2004)


Par Luigi ZUCCANTE
Auteur - Photographe

       Il faut imaginer le japon comme un patchwork géant. Plus on découvre le japon, plus grandit le sentiment qu’il restera toujours secret, qu’il sera toujours énigmatique et en même temps c’est ce même mystère qui en fait sa beauté et son attrait.



       Habituellement, lorsqu’on découvre un pays, la vision que l’on en a dans une première approche reste assez représentative du pays. Et même si la découverte de certains particularismes vient modifier cette représentation, elle n’en modifie pas le schéma d’ensemble, elle l’enrichit.



       Au japon, ce n’est pas le cas. Au fur et à mesure que l’on pénètre dans le pays, qu’on traverse Tokyo, que l’on s’enfonce dans le dédale des ruelles ou que l’on pénètre dans des parcs, le schéma général s’en trouve modifié. Il ne vient plus appuyer la représentation de départ mais apporte un peu plus de confusion, un peu plus de mystère.

       Dans Tokyo, les quartiers se côtoient sans vraiment se ressembler, les immeubles et les gratte-ciel protégent de petites maisons qui ont trouvé abri à leurs pieds. Des cadres en costume-cravate croisent d’autres cadres en kimonos avec pour chacun d’eux un attache-case à la main. Des jeunes japonaises en costume traditionnel flânent dans les magasins ou dans les rues au milieu d’autres femmes en jeans ou plus souvent en tailleur ou mini-jupes.



       Sortir de cette grande mégapole qu’est Tokyo, c’est partir de découvertes en découvertes. Sur fond de collines, de montagnes, de brumes et de lacs, les temples se découvrent au hasard des déambulations, au détour d’un chemin quand on s’y attend le moins. Il semble que tout soit fait pour provoquer une extase visuelle. C’est au détour d’une allée insignifiante que l’on aura une vue plongeante sur un temple avec en premier plan l’éternel portique shintoiste appelé torii. Littéralement, torii signifie « perchoir aux oiseaux ». En effet, afin d’honorer la déesse solaire, Amaterasu, on y gardait des coqs dont le chant à l’aube avait le pouvoir de faire lever le soleil.

       Les jardins japonais reconstituent un monde magique à hauteur d’homme. De minuscules sentiers, des chemins de pierres plates, de petits ponts guident nos pas le long de ruisseaux et nous emmènent à la découverte de petits étangs alimentés par des cascades miniatures.



       La nature est recrée de manière minutieuse dans un désordre savamment calculé de façon à combler une vue toujours insatisfaite. Et il est vrai que tout semble fait pour l’esthétisme, pour les yeux d’un photographe, l’âme d’un poète. Et ce n’est peut-être pas pour rien que beaucoup de japonais ont la passion de l’image qu’elle soit photographique, picturale ou calligraphiée car elle permet d’enregistrer et de fixer cette œuvre collective de cette mise en beauté de la nature.

       Cette même recherche de l’esthétisme se retrouve dans la manière même de s’habiller ou de s’apprêter. Les japonaises font preuve d’une élégance extrême sur un fond de maquillage réalisé à la perfection où pas une seule mèche ne s’écarte, où les visages sont impassibles de beauté, où les yeux se gardent de toute intrusion extérieure qui pourrait venir ternir une image que rien ne doit venir altérer.



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