VOYAGE DANS L’OASIS ROUGE TIMIMOUN



Par Luigi Zuccante
Lire Voyage à Timimoun
(Roman Jeunesse)

Auteur - Photographe


       Secrète, inconnue, telle est cette oasis du grand sud algérien. En longeant les murs encore rouges de la chaleur du désert, elle se dévoile peu à peu. Jamais complètement. Au fil des heures, elle restera mystérieuse...

       Pour parvenir à Timimoun, il faut s'enfoncer dans le désert. Un Paris Dakar en solitaire : Alger la Blanche, Ghardaia la Religieuse et El Goléa la placide enveloppée dans sa palmeraie. Et puis ce sont 400 kilomètres de cailloux que rien ne vient égayer si ce ne sont à mi-chemin quelques arbres qui montent la garde. Les vents de sable, la chaleur n'ont pas réussi à les déraciner dans le ressac des jours.



Une ville toute en chocolat

       Timimoun la Rouge apparaît brusquement au sommet d'une côte, sur une route à une seule voie. La ville toute auréolée de la Sebkra, un ancien lac que des cristaux de sel font encore briller, apparaît sur le rivage des dunes. Entre le lac et cette ville féerique : la palmeraie. Nous sommes au bout du monde, au terme de nos désirs. Le monde s'enfonce dans cette contrée égarée de l'Algérie et semble s'arrêter là.
Une porte dont l'architecture est d'origine soudanaise nous permet d'entrer dans la ville rouge. Toutes les maisons sont faites en " toub ", c'est-à-dire d'argile rouge. Et puis, lorsque le soleil brûle les murs, ils deviennent " chocolats " comme le disent avec humour les jeunes timimounais. Au fil des ans, la couleur rouge s'est transformée en un brun donnant l'illusion d'une ville chocolatée.
L'illusion aussi que l'Afrique Noire est là avec ses femmes, ses hommes noirs qui déambulent avec nonchalance. Indifférents aux regards et au soleil, ils marchent droits devant eux. Les femmes voilées portent des couffins sur la tête et les hommes font avancer leurs ânes à l'aide de coups de jambe saccadés.



Deux mondes à part

       De temps en temps, un " Salamalekum " nous ramène à plus de réalité. A ce salut traditionnel, un " Walekumsalam " s'impose. Timimoun est là. Dans toute sa torpeur. Une large avenue sépare la ville. Deux mondes à part. D'un côté, la nouvelle ville avec ses rues toutes droites, ses maisons carrées, sa population " blanche " et de l'autre côté, le vieux ksar avec ses ruelles lascives, ses maisons encastrées, sa population noire, berbère…
Sur la place centrale, l'hôtel " Oasis Rouge ". Le plus vieux d'Algérie. Le plus mystérieux aussi. Ses secrets et ses trésors restent cachés à l'intérieur de ses murs qui s'élancent vers le ciel, masquant aux yeux indiscrets ses cours intérieurs.
En face, un petit marché où de nombreux fellahs viennent des environs proposer leurs récoltes : quelques salades, quelques bottes de carottes ou de blé… Assis ou allongés sur le sable chaud, ils attendent les Messieurs de la ville. Ici, on ne marchande guère. Personne n'ignore la valeur du travail, l'énergie dépensée sous un soleil de plomb pour obtenir quelques pieds de salade et c'est le respect mutuel qui fixe les prix.

       Et puis, derrière ce marché, au hasard des ruelles et des galeries, le vieux ksar nous désoriente. Les repères sont là pour nous perdre… Heureusement, quelques séguias se transforment en guide inattendus. Parfois, elles nous entraînent sur une placette où des enfants lavent le linge, d'autres fois, elles passent discrètement devant une classe coranique où les psalmodies nous plongent dans un monde étrange.
De ruelle en ruelle, de foggara en foggara, nous atteignons la palmeraie. Au détour d'un muret, elle nous surprend. Majestueuse, elle se tient là devant les dunes et la Sebkra. Quelques fellahs traversent cette immensité recouverte de sel pour rejoindre leurs villages dissimulés au creux des dunes. Nous les suivons dans leur marche vers l'horizon dont les teintes changent d'instant en instant.



Attention aux Djennouns

       Une fois imprégnés de cette féerie de couleurs et de formes, nous surprenons à droite trois cônes montagneux, surgis miraculeusement du lac. Montagnes magiques, elles sont le domaine des " Djennouns " et restent interdites aux êtres humains. Aucun guide, aucun ami ne vous y amènera. Les esprits qui y logent sont si redoutables que personne ne tient à disparaître. Les légendes sont aussi nombreuses que les personnes portées disparues ou plutôt emportées par les Djennouns. Ils sont là pour nous rappeler que le désert ne se dompte pas et qu'il reste inaccessible et redoutable. Heureusement, les monts Toubcherine, c'est ainsi que se nomment ces collines où ont les mauvais esprits ont élu domicile, se perdent au milieu de la Sebkra. Plus loin, nous remarquons une falaise que de nombreux châteaux surplombent. Le soleil se couche et des ombres se glissent à l'horizon sur un fond de ciel de plus en plus orangé. Il faut surmonter l'envie de partir à la rencontre de ces vieux châteaux pour revenir dans le vieux ksar.


       Dans l'obscurité des ruelles, nous frôlons des homes revenant de la mosquée et des femmes portant des bidons d'eau. Des enfants jouent aux fantômes et l'un d'entre eux nous invite chez lui. Les portes sont basses. Nous montons quelques escaliers et nous nous retrouvons sur la terrasse. Sous un tapis d'étoiles, nous assistons silencieux à la cérémonie du thé. Les paroles sont ici inutiles et ne feraient que mutiler la douceur qui nous enveloppe. Les verres se succèdent et les étoiles filantes tombent une à une, nous laissant à peine le temps de formuler un vœu. Dans la tiédeur de la nuit, l'endormissement est rapide et c'est avec discrétion que les hôtes fourniront coussins et couvertures. Ils veilleront sur le sommeil des voyageurs que nous sommes.



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